Étudier les violences ordinaires, c’est considérer sérieusement les dimensions humaines et sociales d’un développement urbain durable dans les pays en voie de développement. En croissance exponentielle, les villes africaines forment aujourd’hui des configurations sociétales mixtes, intermédiaires ou ambiguës entretenant des relations complexes avec leur hinterland. Dans la plupart des villes règne une prolifération normative issue de la contradiction entre les valeurs et les normes véhiculées par l’État et le marché international et celles qui régulent la société civile. Aujourd’hui, le processus de mondialisation accompagne la décomposition des institutions qui encadraient naguère les conduites individuelles et les processus sociaux et qui donnaient du sens aux activités humaines et à leurs conséquences. La crise économique et le chômage chroniques en ne permettant plus la redistribution ni la solidarité ont fragilisé le lien familial et augmenté la relégation, attisant ainsi le feu des conflits urbains. En pratique, le Droit n’est pas éminent par rapports aux coutumes qui sont réinterprétées et réinventées dans le processus d’urbanisation des immigrants ruraux réfugiés de la faim ou de la guerre. Cette situation entraîne une insoumission relative des citadins à la Loi qu’ils ne connaissent pas et qui ne les protège pas de la violence ordinaire des rapports sociaux. Une forme particulière d’anomie caractérise ainsi l’ordre public qui est régulé par le clientélisme, les arrangements locaux et la corruption qui font régner la loi du plus riche. Les violences structurelles ordinaires liées aux multiples formes de spoliation foncière sont analytiquement distinctes des violences relationnelles ordinaires, mais elles se combinent, s’alimentent et s’engendrent les unes les autres en permanence. Une des formes de violence dont procède toutes les autres, c’est la violence économique de la société qui rejette et exclut de la participation au jeu social soit parce que les emplois sont rares, soit parce que les employeurs profitent sans vergogne de leur puissance et de l’impunité assurée par une législation laxiste. Aujourd’hui, en Afrique comme ailleurs, l’opposition entre riches et pauvres, entre possédants et démunis est devenue centrale. Les autres formes de violence (banditisme, justice populaire expéditive, lynchage des voleurs et des sorciers) découlent de cette violence et de l’insécurité économique engendrée et entretenue par le laxisme, les carences, les complaisances et la corruption de l’État. Cette situation délétère affecte profondément les possibilités de développement des pays qui la subissent.
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