
Circulations marchandes et mondialisation des pauvres : transformations sociales et spatiales vues des Suds.
Revue Suds n° 287, 2023, Presses Universitaires de Bordeaux

À partir de lieux marchands marqués par l’informalité, lieux d’ancrage de la mondialisation des pauvres (Choplin et Pliez 2018) et/ou de lieux marchands à forte intensité capitalistique, ce numéro porte sur les transformations sociales et spatiales impulsées par les circulations de marchandises, d’acteurs et de capitaux, le long des itinéraires empruntés. Le dossier vise à documenter les effets des circulations marchandes sur la production de l’espace et sur le quotidien des acteurs, que ce soit en tant qu’opportunité économique ou de consommation.
Mots-clés : circulation, marché, objet, mondialisation/globalisation, commerce.
Based on market places characterized by informality, anchoring places of the globalization of the poor (Choplin and Pliez 2018) and/or capital-intensive market places, this issue focuses on the social and spatial transformations driven by the circulations of goods, actors, and capital along the routes they take. The issue aims to document the effects of commodity circulations on the production of space and on the daily lives of actors, whether as an economic or consumption opportunity.
Keywords : Circulation, market, things, globalization, trade.
Olivier Kahola Tabu
Célébrer son mariage à Lubumbashi . Mutations des cérémonies matrimoniales, Tervuren/Paris, MRAC/L’Harmattan, 2023.

Peu d’études sont consacrées aux célébrations contemporaines du mariage, et encore moins aux cérémonies nuptiales en Afrique. En partant du cas de la ville minière de Lubumbashi en République démocratique du Congo, l’auteur nous en offre une analyse, en s’interrogeant sur les différentes phases du mariage et leurs articulations les unes aux autres.
Le sociologue Olivier Kahola Tabu Kahola avait déjà mené une première recherche sur ce sujet en 2005 ; il a repris ce thème pour cet ouvrage, en élargissant sa réflexion aux liens entre les célébrations du mariage et les mutations sociales, et en se focalisant sur le sens et la mise en scène des cérémonies actuelles.
Les noces sont aujourd’hui à la fois très préparées et très fastueuses à Lubumbashi, mais surtout, dans cette ville et parfois aussi ailleurs en Afrique, il s’y organise une cérémonie traditionnelle généralement préalable aux mariages civil et religieux.
Cet ouvrage envisage en profondeur et à l’aide de témoignages recueillis auprès de jeunes gens et de leur famille les célébrations mises en oeuvre pour ces trois fêtes : le mariage traditionnel, le mariage civil, le mariage religieux.
Olivier Kahola Tabu
ÉLITES FÉMININES ET NUPTIALITÉ . Regards sur l’émancipation et les rapports de genre à Lubumbashi, Editions Academia, Louvain-la-Neuve, 2022

Lubumbashi, seconde grande ville de la République démocratique du Congo, compte parmi les grandes métropoles de l’Afrique subsaharienne. Cependant, les normes socioculturelles du mariage restent prescriptives. Interroger la situation des femmes instruites soulève quelques facettes de l’importante problématique de genre. Le contenu de cet ouvrage met, entre autres, en scène une révolution silencieuse de modèle alternatif du mariage. Autrement dit, aux yeux des femmes célibataires, cette alliance n’opère presque plus comme le gage – une espèce de panacée – de la réussite ou de la valorisation sociale, et ce, en dépit de leur souhait de trouver, un jour, un conjoint. Elles transcendent les normes culturelles du mariage et acquièrent, pour diverses raisons – celles de scolarité, d’âge, d’auto-valorisation, d’identité de soi, ou un statut valorisant autre que celui d’épouse selon la culture et la tradition. Au bout du compte, cette recherche expose des formes inédites d’émancipation de la femme en dehors du mariage.
Sylvie AYIMPAM (ed), 2019, Aux marges des règles et des lois. régulations informelles et normes pratiques en Afrique, Coll. Espace Afrique, 23, Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan. 335 pages

La mondialisation a pour conséquences un affaiblissement de la souveraineté des États-nations et de la régulation économique. elle a ouvert la voie à une multiplication de sphères d’actions nouvelles, informelles, non légales voire illégales.En Afrique, ce processus a suivi une tendance particulière en raison du contexte historique propre au continent. Les sociétés africaines sont engagées dans un processus progressif « d’informalisation » de leurs institutions. Bien que la défibnition des règles légitimes de l’échange social demeure toujours une prérogative des institutions, la régulation pratiques des interactions quotidiennes sous la forme d’accords, d’arrangements, de conventions, de coutumes, d’usages etc. s’écarte de plus en plus des « normes officielles ». Ce sont ces processus que cet ouvrage collectif – le premier en français sur les « normes pratiques » – explore en profondeur.
Sylvie Ayimpam, Modeste Mutombo, Gérard Tukumbi, Olivier Kahola, Justin Katumba, 2019, « Le petit commerce et la vente au détail dans la ville de Lubumbashi (Katanga/RDC) », in Frédéric Lapeyre et Simon Barussaud, La formalisation vue d’en bas, Louvain-la-Neuve, Academia, Coll. Espace Afrique, 23, Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan.

Cette contribution est issue d’une étude qui a porté sur le monde du petit commerce et de la vente au détail dans la ville de Lubumbashi. Pourquoi s’intéresser au monde du petit commerce et du micro-commerce, dans le cadre d’une étude sur l’économie informelle ? Le choix de cette problématique a été principalement motivé par la méconnaissance que l’on a du secteur commercial au sein des études sur l’économie informelle.
Lubumbashi, comme les autres agglomérations africaines, connaît un développement exponentiel du petit commerce depuis près de trois décennies aujourd’hui, mais qui reste jusque-là très peu étudié. Il en résulte une certaine méconnaissance de ses réalités et de ses mécanismes internes de fonctionnement. Une bonne connaissance du monde du petit commerce semble d’autant plus importante qu’il pourrait, sous certaines conditions, être à la base de la dynamisation du tissu entrepreneurial local, de la création d’emplois décents en particulier pour les populations dépourvues de perspectives d’emplois formels et à l’insertion par le bas de l’économie congolaise dans les réseaux d’échanges mondialisés. Pour ce faire, nous avons conduit une étude sur le monde du petit commerce et de la vente au détail dans la ville de Lubumbashi, en essayant d’avoir un focus particulier sur les jeunes et surtout sur les jeunes femmes. Plus concrètement les objectifs de cette étude étaient de mieux comprendre; les dynamiques internes au sein du secteur de la vente au détail dans la ville de Lubumbashi et comment ce secteur s’articule avec d’autres secteurs d’activités; les problèmes auxquels sont confrontés les commerçants de la vente au détail en termes d’insécurité, leurs conditions de travail, leur rapport à l’administration et à la formalité ; les actions ou les mesures qui pourraient les conduire à formaliser leurs activités suivant différents degrés.
Philippe Lavigne Delville, Sylvie AYIMPAM et Roch Mongbo (ed), 2018, L’enchâssement social et politique de l’action publique , Revue Anthropologie et développement n°48-49. 335 pages.

L’État en action en Afrique, et plus largement l’action publique, constituent un champ de recherche dynamique. Trois ouvrages collectifs ou dossiers de revue y ont été spécifiquement consacrés, au cours de ces dernières années, dont nous situerons le projet à partir de leurs chapitres ou articles introductifs. Le présent dossier s’inscrit donc dans une riche production récente, marquée également par plusieurs autres ouvrages et numéros de revue sur des thèmes connexes. Géographes, démographes, économistes, politistes, ont participé à l’ouvrage intitulé L’État réhabilité en Afrique, qui propose un large panorama sur les politiques sectorielles en Afrique, avec un regard qui veille à inscrire ces politiques dans leur contexte social et politique et dans leur histoire. Dans leur chapitre d’état des lieux, Emmanuel Grégoire et Marie-France Lange (2018) retracent l’évolution des politiques publiques, en particulier économiques, depuis les Indépendances, mettant en perspective la situation spécifique des États africains contemporains, à la fois réhabilités dans les discours mais toujours fortement contraints dans leur autonomie. Attentifs à ne pas surestimer le rôle de l’aide, pour eux, « c’est autant l’impact de la mondialisation que celui de la dépendance et des réactions à celle-ci qu’il faut étudier pour comprendre les nouvelles conditions de l’action publique ». Les recompositions du rôle de l’État, la multiplication des acteurs, les références croissantes au New Public Management, sont en effet des tendances mondiales, pas spécifiques aux « pays sous régime d’aide », même si elles y prennent des formes pour partie spécifiques .
- Vincent KIMBA KAPANDA, 2018, Exploitation minière et équilibre de l’écosystème dans le bassin minier du haut Katanga (n° 5), in Jules Basimine et al (des), Résilience aux catastrophes naturelles et d’origine anthropique en RDC, Louvain-la-Neuve, Edtions Academia, p. 117-138.
Ici, scientifiques et acteurs de terrain joignent leurs savoirs et produisent des analyses très lucides sur les risques émanant des environnements étrangers non maîtrisés, les conséquences de l’exploitation minière sur les écosystèmes, la périurbanisation et les érosions ravinantes. Ils illustrent aussi les réponses des communautés dont ils proposent quelques modèles de gestion collective de ces risques, ainsi qu’une vision de l’action publique pour une gestion durable des risques en RDC.
- Vincent KIMBA KAPANDA, 2017, Précarité des populations de l’ex-Katanga face à la loi de la valeur mondialisée, Coll. Espace Afrique, Paris-Bruxelles : Academia-L’Harmattan.
L’exploitation artisanale des minerais libéralisée par la législation congolaise était destinée à promouvoir une classe moyenne. Elle s’inscrit dans la création de la base matérielle de la société capitaliste dans l’ex-Katanga par l’application de la loi de la valeur mondialisée. Celle-ci repose sur la trilogie de maximisation de la production, minimisation des coûts de production et maximisation du profit. Cette loi qui met l’accent sur le capital et le produit a pour résultat la précarité des masses pauvres. L’application de la loi de la valeur repose sur la trilogie antipodale d’extravergence basée sur la maximisation de la production autocentrée, la maximisation incidentielle et la maximisation auto-entretenue. La loi de la valeur met l’accent sur tous les intervenants dans la production ; la rétribution se fait au prorata de la contribution de chaque facteur de production ; la création incidentielle des recettes, le paiement incidentiel des salariés réguliers au lieu de l’augmentation du taux de chômage et le paiement irrégulier de salaires dérisoires.
- Jacky BOUJU & sylvie AYIMPAM, 2016, ethnocentrisme et partenariat : la violence symbolique de l’aide humanitaire, Informations et commentaires. Le développement en question, n°174, janvier-mars : 12-21.
Au Burkina Faso comme ailleurs, la différence de moyens financiers entre les partenaires du Nord et les partenaires locaux engendre des déséquilibres dans les termes de l’échange entre les contributions et les rétributions attendues par chacun. L’asymétrie intrinsèque à ce mode de partenariat-patronage est bien rendue par ce proverbe Ouest-Africain : « la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit ». Ce proverbe exprime la violence symbolique du pouvoir que détient le partenaire qui dispose du pouvoir d’allouer les ressources financières de l’aide. Empiriquement, cette violence symbolique s’incarne dans les normes de la culture managériale imposée par la bureaucratie des grandes agences internationales. Cette culture managériale obéit à un modèle unique, profondément ethnocentrique et largement inadapté aux réalités des sociétés du Sud, le New Public Management qui est au centre des dispositifs d’instrumentation de l’action humanitaire sur le terrain. Or, ces dispositifs et instruments comptables et leurs modalités de mise en œuvre ne sont pas neutres culturellement. Ils produisent des effets spécifiques qui structurent l’action, ils imposent leurs propres contraintes, leurs propres logiques exogènes en fonction de normes d’action préétablies. A la violence symbolique de l’ordre établi par les normes bureaucratiques, ils opposent diverses formes de violence systémique. In fine, l’ethnocentrisme et l’inégalité économique des acteurs construisent des partenariats-patronages structurés par des relations de coopération conflictuelle très éloignées de l’idéal égalitaire connoté par la notion de partenariat.
- Olivier KAHOLA TABU, 2015, « L’accès à l’emploi à Lubumbashi », Autrepart 2015/2, n°74-75 : 241-258. DOI 10.3917/autr.074.0241
Dans un contexte socio-économique où il y a pléthore d’individus qualifiés et/ou l’offre d’emploi est insuffisante, chaque opportunité de travail est une source d’enjeux et de compétition. En République démocratique du Congo (RDC), afin de réussir leur insertion professionnelle, les demandeurs d’emploi tendent à plus mobiliser les logiques informelles que formelles. Celles-ci consistent à utiliser le capital social et économique des parents, manipuler les sociabilités partisanes, intégrer les réseaux d’hommes politiques, recourir aux pratiques occultes, avoir le sens de l’opportunisme, etc. Sans un réseau de connaissances et d’appuis sûrs, l’accès à l’emploi salarié apparaît bien difficile pour les jeunes diplômés de Lubumbashi.
- Jacky BOUJU & Sylvie AYIMPAM, 2015, Enquêter en terrains difficiles. Objets tabous, sujets sensibles, lieux dangereux, Revue Civilisations, vol. 64, nos 1 & 2. (Dossier spécial)
Il semble que l’ethnographie devienne aujourd’hui un exercice particulièrement délicat. Les lieux où elle se pratique sont de plus en plus traversés par l’insécurité sociale ou la violence politique et des formes nouvelles de vulnérabilité de l’enquêteur et de ses informateurs apparaissent dans des contextes « glocalisés » devenus suspicieux. Dans ce numéro, les auteurs évoquent les défis éthiques, les bricolages méthodologiques et les enjeux épistémologiques auxquels ils se sont confrontés en enquêtant sur des objets tabous, des sujets sensibles, en milieu hostile ou avec des personnes vulnérables ou condamnables.
Les contributions de ce dossier thématique nous obligent à reconnaître que la conduite d’une enquête à son terme implique toujours une part de bricolage pour faire face à la situation et résoudre, tant bien que mal, les différents dilemmes éthiques et défis méthodologiques qui surgissent inévitablement. Ces bricolages sont faits d’innombrables petites et parfois grandes décisions, prises dans l’urgence, souvent intuitives et parfois approximatives, qui ont des incidences politiques ou éthiques dans la relation enquêteur-enquêté. Ces décisions mettent en question les techniques d’entretien ou le mode d’accès aux informateurs et aux informations sur un objet tabou, ou encore les modes de dévoilement et de publication des données sur des sujets sensibles. La difficulté du terrain ainsi « démystifiée » (King, 2009), notre souhait est que ce dossier permette aux jeunes chercheurs de mieux se préparer à affronter l’enquête en terrain « difficile » Lire l’intégralité de ce dossier de la revue Civilisations sur Open Editions
- Olivier KAHOLA TABU, 2015, Les ménages à Lubumbashi. Hébergement des parents et vie domestique, Coll. Espace Afrique, Paris-Bruxelles: Academia-L’Harmattan.
Le transfert des parents est une pratique courante dans le système familial africain. Cependant, l’accueil des parents n’est pas extensif comme le laisse croire le discours sur la solidarité. Il est électif et discriminatoire, car l’hébergement d’un parent est un ensemble d’enjeux, de tactiques et de conventions sociales tacites. Il est déterminé par le genre, l’âge, la réciprocité, la valorisation de soi et la stabilité du ménage hôte. De ce fait, la majorité des parents hébergés sont des collatéraux. Ils sont préférés parce qu’ils répondent aux logiques sociales de la réciprocité et contribuent à la stabilité dans le ménage d’accueil. En coulisses néanmoins, l’hébergement est une source de frustrations et des inhumanités insoupçonnées tant chez les conjoints que chez les parents hébergés. Cette étude nous plonge dans ces dynamiques familiales dans l’une des villes de l’Afrique subsaharienne.
- Sylvie AYIMPAM, 2014, Economie de la débrouille à Kinshasa. Informalité, commerce et réseaux sociaux, Paris, Karthala. 334 pages.
Comment, dans un contexte de crise économique et sociale durable, les citadins réinventent-ils les moyens de leur survie à Kinshasa ? C’est à cette question que cet ouvrage s’attache à répondre. On y trouve une description ethnographique minutieuse des dispositifs microsociaux qui permettent aux citadins-commerçants d’approvisionner la ville et aux citoyens ordinaires de continuer simplement à vivre. Le livre plonge ainsi le lecteur dans les multiples formes de la « débrouille » qui organisent l’univers du petit commerce dans les marchés de la ville de Kinshasa. La créativité de la débrouille kinoise ne cesse d’étonner. Elle révèle l’ingéniosité des solutions que les citadins inventent quotidiennement pour capter un revenu dans un contexte singulier de déliquescence institutionnelle et d’anomie. Mais, ses expressions et ses manifestations n’ont été le plus souvent décrites que dans leurs dimensions individuelles. L’originalité de ce travail est de les décrire en interaction et de les appréhender aussi dans leur dimension collective, comme des codes sociaux. Tout en suivant le fil conducteur du commerce de détail, l’analyse entrecroise en permanence deux ordres de réflexion. Le premier porte sur la question particulière de la petite économie urbaine. À cet égard, l’ouvrage restitue l’ambivalence des stratégies de coopération et de solidarité contraintes par la précarité omniprésente et par la violence ordinaire qui en découle. Le second, plus politique, porte sur la réinvention des normes et des formes de régulation que révèlent les pratiques sociales et économiques des commerçants. La réflexion finale de l’ouvrage porte sur la question de la régulation sociale, montrant que l’économie de la débrouille n’est pas seulement le lieu d’enchevêtrement de plusieurs logiques – parfois contradictoires – mais qu’elle est également un espace de réinvention normative à travers lequel peut se lire la dynamique des changements en cours.
- Jacky BOUJU & Mirjam de BRUIJN, 2015, (éds.). Ordinary Violence and Social Change in Africa, Leiden: Brill Publishers.
Ordinary social violence, – i.e. recurrent mental or physical aggression occurring between closely related people – structures social relationships in Africa, and in the world. Studies of violence in Africa often refer to ethnic wars and explicit conflicts and do not enter the hidden domain of violence that this book reveals through in-depth anthropological studies from different parts and contexts in Africa. Ordinary violence has its distinctive forms embedded in specific histories and cultures. It is gendered, implicates witchcraft accusations, varies in rural and urban contexts, relates to demographic and socio-economic changes of the past decades and is embedded in the everyday life of many African citizens. The experience of ordinary violence goes beyond the simple notion of victimhood; instead it structures social life and should therefore be a compelling part of the study of social change.
- Sylvie AYIMPAM & Jacky BOUJU, 2014, « Ethical Challenges and Practical Risks of Fieldwork Research in Development or Emergency Contexts », Anthropologie & développement [En ligne], 40-41 | 2014, mis en ligne le 01 septembre 2016, consulté le 19 septembre 2017. URL : http://anthropodev.revues.org/296
The bygone figure of the lonesome ethnologist settled for a long time in an exotic distant village is fading away. New generations of social anthropologists stay out of office for much shorter fieldwork periods in order to investigate issues concerning close or distant places or people. They pay special attention to the diversity of local stakes and interests, to the multiplicity of opinions and understandings, to the complexity of other’s world. They do worry about the intercultural encounter and the ethics of communication with research assistants and informers. All in all, social anthropologists are very reflexive about their field practice. On their part, anthropologists of development have also contributed to the renewal of the discipline. They were the first to explore new ways of practicing ethnography in short term development programs. Anthropologists involved in emergency humanitarian relief programs took their path and relied heavily on ideas and concepts stemming from development anthropology (intervention capture and manipulation ‘from the top’ or ‘from the bottom’, the degree of embedding in the immediate project environment, actors’ games and power strategies, etc.). But, last decades conflict and post-conflict situations tagged with collective atrocities and repeated violation of human rights have increased. Such a context has strongly impacted fieldwork exposing it to new difficulties, risks and hazards unknown before. Today, anthropology of emergency and development is fully involved in actual disciplinary stakes. New researches are centred on Aid organizations’s internal logics and stakes arouse discussions and debates about the methodological innovations springing from emergency and development actions stand in good place amid these new researches. Some of them following the reflexive turn cogitate on personal involvement in aid programs. Yet, apart from the milestone book of Florence Bouillon, Marion Frésia and Virginie Tallio (2005), the French speaking anthropology of development and urgency kept uninvolved in this reflexive trend. Therefore, the aim of this issue is to start filling the gap. But, in doing so, we shall not follow the existing literature main stream which is mainly concerned with ethical and methodological problems stemming from doing fieldwork in very dangerous contexts or war situations (Nordstrom and Robben, 1995; Nilan, 2002; Sriram & al., 2009). Indeed, all the papers gathered here deal with ‘moderately’ hazardous fieldworks. Moderately hazardous fieldworks are interesting because they create a global atmosphere of faint insecurity. The researcher accepting to engage fieldwork in such context knows well that he (she) will find himself (or herself) caught in awkward and worrisome situations, some of them being more difficult to cope with than others. In this case, the right perception of risks is central and it depends of a fine and accurate understanding of what is at stakes for all parties interacting. In turn, this depends of the researcher’s personal involvement in people’s problems and how he has negotiated the various identities assigned to him. It also depends of the previous roles he has played locally and of the new roles he is ready to take upon himself. In moderately risky situations, hazards stem from research topics that may be politically ‘sensitive’, socially ‘illegitimate’ or religiously ‘taboo’. The specific difficulty of such topics is that they are characterized by conceptual clashes that make them ‘elusive’ and ‘soaked’ with antagonistic meanings that mistreat most of the basic methodology requirements (neutrality, cross control validation, etc.)
- Jacky BOUJU & Bruno MARTINELLI, 2012, (éds.). Sorcellerie et violence en Afrique. Karthala : Paris.
Dans plusieurs pays africains, en ce début de XXIe siècle, la croyance à la sorcellerie se traduit par des accusations, des stigmatisations, des violences, des procès judiciaires et, parfois, par de lourdes condamnations. Des églises aux tribunaux, la sorcellerie désigne des personnes auxquelles on attribue une multiplicité d’influences néfastes sur autrui, des actes de cannibalisme nocturne, d’agression à distance ainsi que des pouvoirs de vampirisme, d’ubiquité, de métamorphose, de transports aériens nocturnes etc. Être désigné comme « sorcier » impute à la personne accusée une capacité de nuire et l’assigne à une déchéance d’humanité. De l’espace villageois à l’espace urbain, de l’espace privé à l’espace public, les flambées de violences accusatrices ont un caractère quasi épidémiologique allant jusqu’à mettre en cause le fonctionnement de l’État et de ses institutions. Cet ouvrage fait le choix d’aborder la question de la sorcellerie sur le terrain de la violence qu’elle engendre. La question de savoir si la violence sociale déployée autour de la sorcellerie est une forme de coercition (légitime) ou une forme de violence (illégitime) fait aujourd’hui débat dans la plupart des sociétés africaines. Pour tout le monde, la sorcellerie engendre la violence, que ce soit la violence du présumé sorcier qui se nourrirait de l’énergie vitale d’une personne, ou la violence des accusateurs, des pasteurs-prophètes, des forces de l’ordre ou de la vindicte populaire à l’encontre des accusés. Les hésitations des autorités pour juger de quel côté, de l’accusation ou de l’accusé, se situe la violence font écho au grand partage qui s’est établi depuis l’époque coloniale entre les croyances populaires à la sorcellerie et les jugements de Loi. A partir d’études de terrain menées au cours de la dernière décennie, de manière comparative, dans plusieurs pays africains (République centrafricaine, Tchad, Cameroun, Gabon, République Démocratique du Congo, République du Congo, Mali), cet ouvrage rassemble les contributions d’anthropologues européens et africains, de juristes, magistrats et professeurs de droit, porteurs de réflexions communes sur les croyances génératrices de violences et les atteintes aux droits des personnes et des catégories vulnérables.




