Études et Travaux
N°4 — Une ethnographie dans le centre de rétention administrative pour immigrés de Caricole à Bruxelles/Zaventem (2018)
Par Olivier Kahola Tabu
Jean-Pierre Olivier de Sardan (1995) note que « par un séjour prolongé chez ceux auprès de qui il enquête…, l’anthropologue se frotte en chair et en os à la réalité qu’il entend étudier. Il peut ainsi l’observer, sinon « de l’intérieur » au sens strict, du moins au plus près de ceux qui la vivent, et en interaction permanente avec eux. On peut décomposer analytiquement (et donc artificiellement) cette situation de base en deux types de situations distinctes : celles qui relèvent de l’observation (le chercheur est témoin) et celles qui relèvent de l’interaction (le chercheur est coacteur). Les situations ordinaires combinent selon des dosages divers l’une et l’autre composantes. Dans tous les cas, les informations et connaissances acquises peuvent soit être consignées plus ou moins systématiquement par le chercheur, soit rester informelles ou latentes. Si les observations et interactions sont consignées, elles se transforment en données et corpus. Sinon, elles n’en jouent pas moins un rôle, qui est de l’ordre de l’imprégnation[1] ».
Cette description découle de mon expérience d’une situation inconfortable dans laquelle je me suis trouvée mais dont les conditions de réalisation d’une étude ethnographique s’y prêtaient. Placé dans la catégorie des clandestins, je suis enfermé dans le centre Caricole pendant deux et demi jours, soit du 30 au 31 octobre 2017. Je prends ma situation avec humour et profite de ma présence dans ce centre pour saisir le quotidien des personnes enfermées. Les enquêtés étaient disponibles du fait qu’ils n’avaient des mouvements qu’à l’intérieur du centre. J’avais le temps nécessaire pour observer et m’entretenir avec mes enquêtés de circonstance. Envisager pareille étude ne serait jamais facile pour un étranger[2]. Elle exigerait des autorisations administratives et je ne serai peut-être pas libre dans ma recherche. Considéré comme clandestin, cette posture m’a laissé une liberté dans ma collecte des données. Je réalisais tranquillement mon observation en situation. Celle-ci est « un outil de cueillette de données où le chercheur devient le témoin des comportements des individus et des pratiques au sein des groupes en séjournant sur les lieux même où ils se déroulent » (Martineau, 2005).
Cette ethnographie s’articule autour de trois points. Le premier point fait une brève description de Caricole et mon départ vers le centre ainsi que mon installation. Le deuxième point décrit la vie dans le centre dans ses aspects de la vie quotidienne, Enfin, le troisième point, les rapports au pouvoir et les logiques interactionnelles.
[1] Jean-Pierre Olivier de Sardan, « La politique du terrain », Enquête [En ligne], 1 | 1995, mis en ligne le 10 juillet 2013, consulté le 05 février 2015. URL : http://enquete.revues.org/263 ; DOI : 10.4000/ enquete.263
[2] Congolais sollicitant une étude ethnographique dans un centre fermé à Bruxelles/Belgique
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