Entre guerre et paix: La violence du chaos organisé au Sahel

Entre guerre et paix : La violence du chaos organisé au Sahel

Conférence-débat à l’Université de Kinshasa

Vendredi 26 novembre de 9h00 à 12h30

Salle des Promotions de l’Université de Kinshasa

Jacky Bouju, 

Institut des Mondes Africains — Aix-Marseille Université 

Présentation résumée de la conférence

L’effondrement du monde bipolaire issu de la guerre froide a profondément modifié l’architecture fragile des États postcoloniaux africains. L’accélération de la mondialisation a disqualifié la souveraineté des États au nom de l’accumulation des profits et des marchés financiers. La « violence structurelle » du modèle économique néo-libéral qui s’est généralisé avec la mondialisation continue de saper l’État. Les politiques d’ajustement structurel ont laissé pour leur part des institutions ruinées, une administration d’État défaillante, une société civile déstructurée et des traditions invalides dans un état de modernité inachevé. Dans ce monde dérégulé, l’État a perdu le monopole de la violence légale et des formes de « gouvernance par la violence » se sont progressivement installées qui marquent le crépuscule de régimes postcoloniaux anomiques et profondément corrompus, de coutumes à bout de souffle et de rapports sociaux néo-traditionnels inadaptés. En de nombreuses régions du monde (Moyen-Orient, Donbass, Haut-Karabakh, Afghanistan, Haïti) mais aussi en Afrique (Somalie, Soudan, Éthiopie, Casamance, RCA, Tchad, Nord-Kivu et Ituri en RDC, et dans toute la zone sahélienne : Mali, Burkina Faso, Niger, Nigéria), ce contexte international a créé les conditions historiques d’émergence d’ordres politiques nouveaux, fondés sur des régimes de conflictualité de basse intensité, des situations durables de « ni guerre ni paix » que l’anthropologue David Keen a justement qualifié de « chaos organisé ». 

À partir de l’analyse de ce qui se passe actuellement au Sahel où je travaille, cette conférence tentera de dégager les ressorts endogènes de la violence qui nourrit le « chaos organisé ». Depuis 2015, au Mali et au Burkina Faso, l’insécurité s’est généralisée et ces pays sont installés dans une situation durable de « ni guerre ni paix » qui apparaît comme l’aboutissement d’un long processus d’affaiblissement de l’État. Dans la conjoncture actuelle, l’État a perdu le contrôle de vastes portions de son territoire. Dans les régions sous-administrées, l’État a aussi perdu le monopole de la violence légale qui s’est privatisée, fragmentée entre de multiples groupes et milices armés à caractère ethniques, subversifs, religieux ou sécessionnistes qui entretiennent un haut niveau d’insécurité générale. Au niveau de l’État, le « gouvernement de la violence » a cédé le pas au « gouvernement par la violence ». Les exactions des forces de défense et de sécurité et l’impunité sont devenues la règle et les violations massives des droits de l’homme sont devenues banales. Le brouillage des frontières entre la guerre et la paix, le terrorisme et le crime, le légal et l’illégal et enfin l’économie politique des guerres civiles larvées font le jeu de systèmes alternatifs de profit et de pouvoir. La surprenante stabilité de cette situation délétère de « ni guerre ni paix » suggère une analyse en termes de « chaos organisé » dont nous espérons qu’elle pourra fournir des clés pour une compréhension nouvelle de la situation qui règne en RDC.

Textes de référence

BOUJU Jacky, 2021, “Organized Chaos as Political Agreement, or Violence in the Course of State Disintegration in Mali and Burkina Faso” [“Organizovannyi khaos” kak politicheskaia dogovorennost’, ili nasilie v khode raspada gosudarstva v Mali i Burkina-Faso]. Etnograficheskoe obozrenie, N° 2: 25–44. © Russian Academy of Sciences © Institute of Ethnology and Anthropology RAShttps://doi.org/10.31857/S086954150014805-5 ISSN 0869-5415

BOUJU Jacky, 2020, « La rébellion peule et la guerre pour la terre », Revue Internationale des études du développement, Foncier et conflits violents en Afrique, n° 243 (3) : 67-88.

BOUJU Jacky, 2015 « Une ethnographie à distance ? Retour critique sur l’anthropologie de la violence en République centrafricaine » in Sylvie AYIMPAM et Jacky BOUJU, Revue Civilisations, vol. 64, n° 1 & 2, « Enquêter en terrains difficiles » : 151-160.

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