Édito
L’utilité des sciences sociales face au Covid-19 est une question qui se pose avec acuité dans le contexte de la crise sanitaire que nous vivons actuellement. Aux yeux des décideurs, cette pandémie apparaît a priori comme une question essentiellement biomédicale.
Dans ce numéro de notre bulletin nous ouvrons une série d’articles qui va s’appesantir sur la question du rapport des scientifiques au politique. Il nous semble important en effet de réfléchir à ce qui est en train de se passer avec l’exposition quotidienne dans les médias des scientifiques spécialistes des sciences médicales. L’opinion publique suit littéralement en direct l’exposition d’hypothèses explicatives différentes, voire contradictoires, émanant de multiples spécialistes en médecine hospitalière, en virologie, épidémiologie, etc. La plupart des citoyens qui peuvent avoir du mal à comprendre et à juger des tenants et des aboutissants de ces débats, sont effrayés par ce qui apparaît à leurs yeux comme une cacophonie scientifique. Si les chaînes d’information continue et les réseaux sociaux qui sont toujours à l’affût de « scoop » ou de « buzz » jouent un grand important dans cette exposition en direct du processus de la recherche habituellement réservé au monde des spécialistes, il ne faut pas oublier que ces nouveaux médias prennent rarement le temps de vérifier des informations parfois idéologiquement biaisées. Ils sont de ce fait les meilleurs relais et diffuseurs des fake-news et des rumeurs, et l’information scientifique semble être bien prise dans ce tourbillon de la vitesse médiatique et de la désinformation.
Le billet sur les Sciences sociales, le politique et le Covid-19 souligne que le savant et le politique ont plus que besoin l’un de l’autre dans le contexte de cette pandémie, tout en mettant en exergue les différences entre la science, le sens commun et le politique. L’urgence à la quelle la pandémie soumet le « monde de la décision », qui lui-même se tourne vers le « monde scientifique » pour trouver des solutions, pousse à une sorte d’impératif de publication en temps réel, une question importante qui sera également abordée dans ce numéro. Sur le terrain de la communication de crise on verra que l’urgence de la pandémie ainsi que les enjeux qu’elle recèle peut engendrer une crise de la communication. La pandémie du Covid-19 offre en effet un terrain intéressant pour observer les modes d’action des différents acteurs sociaux impliqués comme sur une scène de théâtre, mais également leur mode de communication.
Comment faire de la science de manière rigoureuse en temps de crise ? Comment le monde scientifique se rapporte-t-il au monde de la décision, et vice-versa ? Quelles sont les implications d’une communication publique en contexte de crise ? Telles sont quelques-unes des questions que nous abordons dans ce numéro. Nous espérons que ce questionnement et quelques-unes des réponses qui y ont été apportées dans les différents billets de ce numéro 4 de notre bulletin, vont contribuer à enrichir le débat sur le savant et le politique.
Sylvie Ayimpam et Jacky Bouju
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