
En cette étrange période marquée par la pandémie mondiale du Covid-19, le professeur Fernand SANOU nous a quittés ce 4 juin 2020. Spécialiste en sociologie de l’éducation et en sociologie prospective, il était un des rares enseignants-chercheurs de sa génération à avoir fait un PhD aux États-Unis. Nous nous sommes rencontrés en octobre ou décembre 1982, si mes souvenirs sont bons. Jeune docteur en anthropologie économique, je venais d’être affecté au titre de la coopération française au département de sociologie, philosophie et psychologie à la FLASH de l’Université de Ouagadougou. Pendant huit ans, pendant toute cette période troublée quoique passionnante dans laquelle la Haute Volta est devenue le Burkina Faso, nous avons travaillé côte à côte. Lors des débats et des joutes verbales qui animaient le département et la faculté en effervescence, nous étions fréquemment du même avis, défendant vigoureusement la priorité du principe de qualité dans la formation des étudiants. C’était un enseignant exigeant, aimé de ses étudiants et apprécié de ses collègues. Il me souvient qu’un jour, pour avoir forcé la porte verrouillée d’une salle d’examen afin de faire rentrer nos étudiants pour qu’ils puissent composer, nous avions été blâmés par le conseil de discipline de l’époque… Après mon retour en France en 1990 pour intégrer le département d’anthropologie de l’Université d’Aix-Marseille, j’ai continué à faire de courts séjours de recherche au Burkina Faso. C’est en 2015, à l’occasion d’une mission de recherche sur la transition humanitaire au Burkina Faso, que je retrouvais tout à fait par hasard, mon ami Fernand SANOU dans le grand amphithéâtre du PNUD à Ouagadougou. Nous renouâmes avec plaisir une relation que le temps et l’éloignement avaient distendue. C’est alors qu’il me fit part de la création de l’ISSH dont il était le directeur académique et que nous décidâmes de collaborer plus étroitement que jamais. Dès lors, je me suis engagé à ses côtés, tant dans le cursus de formation qu’au Conseil Scientifique pour faire de l’ISSH une formation supérieure d’excellence. Depuis quelque temps, une méchante hernie discale lui faisait souffrir le martyre et les médicaments que je lui ramenais le soulageaient à peine. Malgré la douleur qui rendait toujours plus difficile chacune de ses missions professionnelles, il les a assurées avec courage. Profondément humaniste, il était de tous les combats pour la construction de la paix. On ne verra plus sa silhouette imposante dans les couloirs de l’Institut… Mais il me reste dans l’oreille sa voix puissante qui appelait à nous unir pour travailler au bien commun de l’humanité.
Marseille, 5 Juin 2020
Professeur Jacky BOUJU
