Édito
Avec le covid-19 le monde a fait face à un phénomène inédit, la vie de chacun fut en jeu menacée par un mal invisible dont nous pouvions (et pouvons encore, car le virus n’est pas éradiqué) être complice à notre insu, en tant que porteur sain. Dès lors, nous fumes confrontés à l’expérience inédite de devoir bouleverser totalement et pour un temps indéterminé, nos pratiques journalières. Du jour au lendemain, nous avons été contraints de réinventer notre quotidien, de nous isoler des autres, de nous confiner, car il est devenu potentiellement dangereux d’interagir physiquement avec les autres. Contrairement au prisonnier, confiné de force car jugé par la société responsable d’un acte antisocial ; contrairement à l’anachorète ou au vieux sage qui ont fait le choix de se retirer du monde, dans le désert ou dans la montagne, nous n’avons pas choisi cet isolement. Il nous a été imposé par une situation devenue risquée pour nous-mêmes et pour nos physiquement proches. Brutalement, nos socialités et sociabilités quotidiennes – travailler en groupe, croiser les collègues, rencontrer nos amis, manger et boire ensemble, festoyer, bref « interagir » ont été interdites sous peine d’amendes ici, sous peine de mort ailleurs comme dans le bidonville de Kibéra (Kenya), violences sur lesquelles nous reviendrons dans un bulletin prochain.
Cette situation inédite nous a obligé à penser, au sens fort du terme, notre place, notre rôle, notre statut dans la cité (…).
Comment dans un tel contexte, pouvoir continuer à faire de la recherche ? Pour penser le monde phénoménologique, le scientifique, toutes disciplines confondues, a besoin de prendre du recul, c’est-à-dire de documenter le réel (observer les phénomènes, les décrire, comparer les résultats) et de prendre le temps de la réflexion et de la lecture qui nourrit l’analyse… Or, le politique lui, n’a pas le temps. Il doit agir vite pour contrer la pandémie. Mais alors comment agir quand la science n’a pas (encore) la réponse à ce problème mondial de santé publique ? Comment prendre des (bonnes) décisions pour faire face à un virus invisible et dont on ne sait rien ? À partir de ces questions, le Bulletin de l’Obss-Covid-19 ouvrira à parti du numéro 4 une série de réflexions qui tentent d’interroger en profondeur la place des sciences sociales dans le rapport changeant du savant au politique.
Sylvie Ayimpam et Jacky Bouju
Lire l’intégralité du bulletin en cliquant sur le bouton télécharger
